Biologiste inachevée, mais toujours écologiste dans l’âme, Julie Lambert est séduite par l’intelligence de la nature, qui demeure pour elle un modèle inégalé.

Le projet Chaos est composé d’un ensemble d’œuvres monumentales qui invitent à la déambulation.

Certes, elles cachent l’horizon, forcent à prendre du recul et à lever les yeux toujours plus haut, mais c’est pour mieux guider le spectateur vers une prise de conscience des grands enjeux qui assombrissent ce début de XXIe siècle.

L’argent, la consommation, la mode, la violence, ces plaies contemporaines que l’on gratte irrésistiblement et qui nous entrainent dans des maelströms sans fin, sont décortiqués et étalés dans tout leur paradoxe, à la fois insidieusement alléchant et délicieusement répréhensible.

Ce faisant, les grands couples antinomiques dont la tension compose le moteur de notre époque interpellent ceux qui s’attardent à décoder le réseau symbolique qui sous-tend chaque tableau ou installation.

L’écologie et l’économie, la réalité et la fiction, le passé et le futur se trouvent conjugués dans un foisonnement qui happe le regard et encourage à la réflexion.

Peints, gravés dans l’argile ou le bois, les stigmates de cette démarche réflexive effectuée par l’artiste rappellent la filiation : filiation de la créatrice qui n’hésite pas à réactualiser les chefs-d’œuvre du patrimoine pictural mondial, filiation de la femme qui interroge le fil de sa généalogie pour préserver un héritage familial.

Et, parfois, au-dessus du filigrane de ces entrelacs de signes traduisant l’appréhension de l’artiste devant l’avenir, s’ajoute en surimpression un travail vidéographique témoignant d’une volonté féroce de trouver, au-delà du désordre, un terreau fécond pour la création d’un nouvel équilibre.

Virginie Lambert-Pellerin

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